À genoux sur les dalles fraîches de l’église,
Il prie jusqu’à ce que son corps se paralyse.
Ici le temps s’enroule en orbes de velours.
Il finit par céder. Seul vit l’instant qui court.
mercredi 30 avril 2025
Céder
mardi 29 avril 2025
Le faire
La forge tant rougeoie. C’est un cœur qui s’embrase,
Et le fer devient souple où le marteau l’écrase.
Avec son tablier de cuir, le forgeron
Passe du fer au bois. L’homme se fait charron.
lundi 28 avril 2025
Sombre sable
Dans cette intimité du songe où je chemine,
Aussitôt que je vois le sable noir des ruines,
Auquel de mes pieds nus, le sang donne couleur,
Je hurle au cauchemar… le sable est beau parleur.
dimanche 27 avril 2025
Babel
La tour était bâtie de tant de mots de pierre,
Où je vis, les suivant, des routes ordurières,
Assemblages tordus de mensonges fielleux,
Qui fissuraient l’ouvrage en montant jusqu’aux cieux.
samedi 26 avril 2025
L’âge de pierre
Je connais le frisson des étreintes de pierre,
Ange et démon lovés dans les volutes fières
Et l’encens en répons qui paresse, qui dort,
Charriant les pensées des vivants et des morts…
vendredi 25 avril 2025
Désir de foule
La foule a du désir la sirupeuse attache :
Ensemble vers un cap, même à grands coups de hache,
Apporte un sentiment de pouvoir enivrant,
La seule vérité de la masse. Navrant.
jeudi 24 avril 2025
Au-delà de l’eau
J’abandonne le pont, je plonge dans la mer…
Les mouettes ricanent, les flots sont amers
Et m’entraînent au fond, vers les sombres abysses
Où j’espère trouver les sauvages prémices.
mercredi 23 avril 2025
Tilleul
Sous le tilleul, perdu, mon regard se propage
Au velours vert argent de la voûte. J’ai l’âge
Inconscient de l’enfance où l’infini se tient
Au creux de chaque instant. Le tout est dans le rien.
mardi 22 avril 2025
La pas lisse
Tu t’attendais peut-être à quelque beauté lisse
Et tu vois cette peau cousue de cicatrices
Et rides à l’envi… le temps, le temps, toujours.
L’histoire qu’elles disent mérite un détour…
lundi 21 avril 2025
Babillerie
Tes pas dansants sur l’herbe, devant ma fenêtre
Émeuvent fort les vieux rouages de mon être
Et je souris, te voyant, Merle, sautiller,
Flûtant de joie… me voilà tout désennuyé !
dimanche 20 avril 2025
Trois-Rivières
À Trois-Rivières son amour a larmoyé,
Sanglots des Basses-Terres, promptement noyés,
Rejoignant les amours perdues de tous les âges…
Au bord de ma vision passent tant de nuages.
samedi 19 avril 2025
L’écho du goéland
La mine longue et les yeux gris, tu rôdes au bout
Du quai désert. À l’heure noire et vent debout,
Tu tiens le cap de la fureur, de la vengeance…
Un goéland se fait l’écho de ton offense.
vendredi 18 avril 2025
Entre-monde
Les loups de l’entre-monde avalèrent des lieues,
Longue course haletante au plus obscur des cieux,
Lacérant la noirceur en mille déchirures
Et soudain la lumière et la vie reparurent.
jeudi 17 avril 2025
Lame longue
La lame longue luit sous le doigt qui caresse
Et son fil dangereux de près, lui, ne se laisse
Aborder, vil accord, qu’en réclamant le sang,
Que le métal est froid, pour la chair offensant !
mercredi 16 avril 2025
Boucles
Du fond du lac où, bleues, les eaux serpentent, lasses,
En caressant parfois des élodées fugaces,
Un jour, j’ai pêché trois boucles de vos cheveux,
Belle Ophélia dans l'onde, ainsi que je vous veux…
mardi 15 avril 2025
L’aléa
L’aléa des secondes agite l’existence
Et toujours, dans l’instant d’une nouvelle stance,
Un infime détail vient défaire le tout…
Mais rester impassible, ainsi qu’un vieux matou !
lundi 14 avril 2025
Empilement
D’un imposant rempart, hissant les jours aigris,
Plus près d’un ciel chargé de menaçants nuages.
Haletant, tout en haut, je rêvais d’un autre âge.
dimanche 13 avril 2025
Sceaux
Je n’ai pas le pouvoir, le plomb n’est pas l’azur.
Aussi les sceaux anciens lentement se corrompent,
Il n’en reste qu’un sens, altéré, qui nous trompe.
samedi 12 avril 2025
Eugénisme
Si vous croyez que tendre à baisser l’horizon
Des faibles, des petits, pour d’obscures raisons
D’excellence eugénique, alors où est votre âme ?
En cette nuit de loup, je grelotte à Paname.
vendredi 11 avril 2025
Rouge et noir
Dans le coffret d’ébène, une bille gît, rouge
Et sur le velours noir, ballerine elle bouge,
Alors je le referme vivement. La peur
Est force singulière, et j’ai vu la hideur.
jeudi 10 avril 2025
Perles tombales
D’un fil de fer rouillé, de fines perles choient
Comme un vain chuchotis de leur vie, de leurs choix…
Je me sens minéral, allant de tombe en tombe,
À l’odeur de l’humus habité, je succombe.
mercredi 9 avril 2025
Veilleurs de nuit
Les veilleurs se relaient tout autour de la Terre
Au chevet des enfants pris dans les sombres guerres.
Ils fredonnent les chants des forêts, doucement,
Pour alléger un peu, dans la nuit, leurs tourments.
mardi 8 avril 2025
En rêve
Tes yeux clos, ton sourire et ce souffle léger
Me laisse deviner que tu rêves. Étranger
À ton fief onirique, au pied de l’échauguette,
Avec espoir, je clame des vers et muguette.
lundi 7 avril 2025
D’un chêne
J’eus des élancements, des douleurs vagabondes,
À vouloir me glisser dans les replis du monde.
Enfin l’ombre d’un chêne fier de sa forêt
Vint m’en débarrasser. J’y fis un long arrêt.
dimanche 6 avril 2025
Larme ou sueur
J’épargne ma sueur, philtre fondamental,
À ne sourdre qu’atome infinitésimal.
Où la pure eau du cœur et de la peau s’épanche,
À l’œil, la larme n’est pas même perle franche.
samedi 5 avril 2025
Vers abandonnés
Capiteux sont les vers que veule j’abandonne
Au furieux désert des idées. Le vent sonne,
À coups de grains de sable, un carillon vengeur.
J’ai les remords sucrés du dernier vendangeur.
vendredi 4 avril 2025
Modèle
J’ai laissé dans ta main les ciseaux de couture,
Et devant, le satin, la soie dans leur pliure,
Un modèle est en toi comme un être subtil.
Sous tes doigts, il éclot : de quelle essence est-il ?
jeudi 3 avril 2025
Démolition
Les bulldozers rugissent au milieu des gravats,
Leur boule de métal frappe, cogne à tout-va
Les murs chancellent, choient, la poussière s’élance
Et plus haut le ciel bleu garde la préséance.
mercredi 2 avril 2025
Haut silence
Pas une once de vent, les oiseaux se sont tus.
La rivière s’écoule en un silence indu.
Pas un bruit dans la rue, pas un gravier ne crisse
Et les chats jaugent l’air du bout de leurs vibrisses.
mardi 1 avril 2025
Lueur abyssale
Au plus noir de l’abysse une étrange lueur
Se plut à me sourire au point que ma terreur
Reflua dans les limbes gris de ma conscience
Et je dérivai libre, heureux de mon errance.